La révolte des Cipayes de 1857

En 1857, les Britanniques doivent faire face à la plus importante mutinerie de leur histoire : la  révolte des Cipayes. La plus grande partie de l'armée du Bengale se rebelle contre la domination britannique et le manque de considération envers le peuple indien. Cette mutinerie, concentrée à Meerut, est réprimée dans le sang par les troupes restées loyales à la Compagnie Orientale des Indes. Sur 148 unités, formant l'armée du Bengale seules, toutes armes confondues, 55 restèrent loyales.

L'après mutinerie

La mutinerie entraîne une réorganisation générale tant au niveau civil que militaire.

Le système d'armée des trois grandes régions, Bengale, Madras, Bombay est maintenu avec chacune son commandant en chef. La première mesure d'importance est de dissoudre la Compagnie des Indes Orientale, de rattacher le pays à l'Empire Britannique et de nommer un Vice-Roi.

Tous les régiments mutinés sont dissous et les régiments restés loyaux récompensés. Les unités dissoutes sont remplacées par les régiments qui avaient auparavant un statut irrégulier mais étaient restés fidèles aux Britanniques : Gurkhas, Sikhs, Pendjabis.

Les Britanniques tirèrent plusieurs conclusions de cette mutinerie. La plupart des rebelles appartenaient aux castes supérieures hindoues, en particulier les Brahmanes. Ils ne voulaient pas servir aux côtés de castes inférieures et manifestaient souvent leur mécontentement sur différents sujets dont l'alimentation. Par contre, ceux qui étaient restés loyaux venaient du Pendjab. On arriva donc à établir, grâce à une étude scientifique la théorie des "races guerrières".

La nouvelle armée des Indes allait ainsi être construite sur des considérations pseudo-ethnologiques. Son principal défenseur et initiateur en fut Lord  Roberts, commandant en chef de l'armée Indo-britannique de 1885 à 1893.

La théorie des races guerrières

Cette théorie détermine le berceau de la plupart des races dites guerrières. Il était situé dans la région nord-ouest du pays, c'est à dire les provinces frontières du nord-ouest, la frontière indo-Afghane, le Pendjab, les états unifiés dont le Garhwal. Là on y trouve selon cette théorie "des hommes grands et d'aspect impressionnant" contrairement aux races du sud qui étaient "petites et brunes". 

On trouvait diverses classes (religions, castes, ethnies ou considérations géographiques) parmi ces races guerrières. Les Sikhs dont le fief était le Pendjab, étaient les plus nombreux. La renommée guerrière de ces hommes était reconnue depuis longtemps. Leur surnom commun de "Singh" (Lion) était un signe de vaillance et de bravoure. Il y avait aussi les Jats, Dogras, Pendjabis Musulmans, Pathans, Garhwalis, Gurkhas originaires du Népal.

Les classes dans l'armée indienne

Pour l'armée indienne de 1914, l'organisation militaire est basée essentiellement sur des considérations de race, religion et région. On peut donc distinguer différentes races: Les Rajputs, les Pathans, les Jats et les Gurkhas. Trois religions prédominent : l'hindouisme, le sikhisme et la religion musulmane. Diverses régions fournissent aussi des combattants tels que les Mahrattes, les Dogras, les Madrasis, les Pendjabis, les Hindoustanis. Il s'agit des principales composantes de cette armée.

Les Sikhs

A juste titre, la communauté Sikh peut être considérée comme la plus représentée dans l'armée indienne de 1914. Les Sikhs sont probablement, avec les Gurkhas, ceux qui frappèrent les esprits lors de leur passage dans la région.

Un bref descriptif physique est fait dans "The Indian Corps in France" : "Il est généralement un bel homme de grande taille, de physique robuste et plein de dignité avec les vertus mâles inculquées par sa religion fortement développée. Le tabac lui est interdit. Ses cheveux ne sont jamais coupés et sont enroulés sur le sommet de sa tête alors que sa barbe est retirée au-dessus de ses oreilles et rentrée sous son turban…" Le sikhisme étant une religion, on trouve parmi elle diverses races ou castes : on peut citer les principales :

Les Jats descendant des Scythes.

Ils étaient originaires pour la plupart du Pendjab, du Rajputana, d'Agra et d'Oude. Il s’agissait pour la plupart de propriétaires terriens, courageux, endurants et d'excellents cavaliers. Les Jats étaient une caste sikh  supérieure dans laquelle les recruteurs britanniques de l'Armée indienne puisaient leurs soldats.

Les Mazbis provenaient d'une caste sikh inférieure composée principalement d'ouvriers. Sa devise était "Trouve une route ou fais en une". Il composaient le 34ème Sikhs Pioneers.

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Les Musulmans

Les musulmans ou soldats de confession musulmane venaient de divers districts de l'Inde. Leurs différentes classes se référaient de lieux respectifs. On trouvait ainsi les Pendjabis musulmans (Pendjab), les Madrasis musulmans (Madras) les Hindoustanis musulmans (Hindoustan) les Deccanis musulmans (Deccan), les Rajputs musulmans (Rajputana).

Les Pendjabis musulmans étaient les plus représentés dans l'armée, notamment dans l'infanterie. Contrairement aux Sikhs, il n'y avait pas de bataillons de Pendjabis musulmans mais seulement des compagnies homogènes. Un grand nombre de ces hommes vivait au nord du pays entre la rivière Indus et le Jhelem. Ils étaient les descendants des Rajputs, guerriers et commerçants Moghols. Essentiellement propriétaires terriens, ils étaient considérés comme de « bons soldats à tout faire ».  Les meilleurs étaient affectés à la cavalerie. L'autre classe musulmane importante était les Pathans.

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Les Hindous
Les Brahmanes
La plus haute caste hindoue mais la moins représentée au sein de l'Armée indienne sur le front de l'Ouest en 1914. La plupart des régiments Brahmanes était à l'origine de la mutinerie de 1857. De ce fait en 1914, il ne subsistait que deux bataillons entièrement Brahmanes dans l'armée indienne.

En réalité une seule compagnie Brahmane arriva en France en 1914 au sein du 9th Bhopal Infantry. Cette restriction n'était pas due à un manque de combativité ou à une quelconque mesure de rétorsion, mais à leur culture et leurs exigences. Ils voulaient de la nourriture cuisinée par des Brahmanes et être soignés par des médecins Brahmanes. En raison de leur position hiérarchique dans la religion, ils demandaient à être respectés par les autres hindous. Certains exigeaient même de retirer leur équipement en cuir et leurs chaussures avant de manger. Le problème majeur était le remplacement des pertes. Les Brahmanes ne pouvaient être mélangés aux non Brahmanes. Bien vite les effectifs de la compagnie présente en France se réduisirent considérablement.

Les Rajputs

Dont le nom venait du mot sanskrit "rajputra" voulant dire fils de roi, étaient originaires du Rajputana et des montagnes Dogra. Ils étaient de purs hindous Aryens et pour la plupart de caste guerrière. Ils arrivent en seconde position dans la hiérarchie Hindoue derrière les Brahmanes.

Beaucoup de nobles indiens étaient de race Rajput et constituaient la plus grande partie des armées des états princiers du nord. Il n'y avait que 4 1/2 compagnies de Rajputs dans l'infanterie de 1914 dont 3 dans le 125th Napier's Rifles.

Les Jats

Branche de la communauté qui n'avait pas adopté les traditions Sikhs. Restés de confession hindoue, ils étaient aussi fermiers et propriétaires terriens. Les 4 compagnies de Jats hindous étaient représentées dans le 6th Jats. 

Les Mahrattes

Ils étaient probablement les plus farouches adversaires des Britanniques contre lesquels ils avaient mené trois guerres sanglantes. Il y avait en 1914, six régiments de race Mahratte. Les Mahrattes étaient originaires de l'Inde centrale et du Deccan, essentiellement paysans ou  propriétaires terriens.

Les Dogras

Hindous habitant sur les contreforts himalayens au nord-ouest du Pendjab entre les rivières Chenab et Sutley, leur classification est autant géographique que raciale. Il s'agissait pour la plupart d'hommes de haute caste possédant une force de caractère hors du commun. Les Dogras descendaient en ligne directe des Aryens qui avaient été parmi les premiers envahisseurs de l'Inde.

Les Gurkhas

Originaires du Népal, ils composaient le plus grand groupe racial sur le front de l'ouest avec vingt quatre compagnies réparties dans six bataillons. Dans ces bataillons il n'y avait aucune mixité avec d'autres compagnies raciales. Durant le combat l’unité demeurait homogène. La plupart des Gurkhas était de confession hindoue.

Le Népal étant resté état indépendant,  ils combattaient à titre de mercenaires.

Les Gurkhas étaient de vigoureux montagnards. Leur race était un mélange de Mongol et de Rajput. De petite taille, ils mesuraient environ 1,50 mètre. Les Gurkhas avaient tous la même apparence ce qui faisait souvent dire en les voyant "qu'ils sortaient du même magasin d'intendance".

Le Gurkha ne se séparait jamais de son fameux "kukri" qui était à la fois un outil et une arme. Les Allemands craignaient ces combattants népalais et les considéraient comme parmi leurs plus féroces adversaires.

Les Garhwalis

Habitants de la province du Garhwal dans l'Himalaya à l'ouest du Népal, les Garhwalis ressemblaient aux Gurkhas avec lesquels ils étaient souvent confondus bien qu'ils soient moins trapus et moins musclés. C'était également une solide race de montagnards. Dès l’origine, ils furent recrutés au même titre que leurs voisins népalais pour former les régiments de Gurkhas.

Les ressemblances entre le 39th Garhwal Rifles et les régiments Gurkhas étaient tels que le 39th Garhwal reprenait en partie les traditions népalaises. Il fut ainsi équipé comme les Gurkhas. Les Rifles (chasseurs) portaient aussi le fameux chapeau (Slouch hat) et le kukri. Les Garhwalis étaient réputés pour leur endurance et leur faculté de rester à jeun pendant de longues périodes. Comme les Gurkhas, les compagnies n'étaient pas mélangées à d'autres compagnies raciales afin de garder l'homogénéité et l'esprit de corps du Garhwali.

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